Un film d’animation dans un atelier créatif

Nadège Herrygers anime des ateliers « jeune public » autour du cinéma au Plaza-Art à Mons. Animatrice de cinéma d’animation, elle s’occupe également d’un atelier de cinéma d’animation à La Louvière, l’atelier Caméléon. Dans le cadre de la Semaine de Créativité Contre le Racisme, elle a réalisé le court-métrage « Couleur Café », qui a remporté le prix du public en 2009.


Je suis animatrice, je me définis en tant que telle, à savoir aussi bien animation autour du cinéma que cinéma d’animation. Je travaille à temps plein pour le cinéma Plaza-Art à Mons où je m’occupe du jeune public. On fait également de temps en temps de petits films avec les écoles mais c’est plus rare. En général, ce sont plutôt des ateliers créatifs de dessin pour que les enfants essayent de se souvenir de ce qu’ils ont vu et de se le réapproprier, de refaire des exercices par rapport à leurs souvenirs, à leurs émotions, à ce qu’ils ont ressenti par rapport aux images. Parallèlement à cela, j’ai un atelier de cinéma d’animation tous les mercredis après-midi à La Louvière qui s’appelle « Atelier Caméléon » et qui dépend du centre culturel « Les ateliers la tête en l’air » qui est un centre d’expression et de créativité.

Comment se passe la naissance d’un projet tel que « Couleur café » ?

Je pars selon leurs envies, vraiment ce sur quoi ils ont envie de travailler, les thèmes qui les branchent parce que c’est leur projet à eux au départ, ce n’est pas moi qui vient avec une idée. En général, je viens avec un thème, par exemple, avec le film sur les sucres (ndlr : Couleur café), c’était le concours. « Il y a un concours sur le racisme, qu’est ce que cela vous inspire ? » On commence à travailler comme ça…

D’après vous, ce type de projet est il accessible à tout le monde d’un point de vue technique ?

Je crois que maintenant, avec les techniques modernes, on sait vraiment avoir du matériel de base et déjà faire un film de qualité. Il faut un ordinateur avec un programme de montage mais on peut utiliser Windows Movie Maker qui se trouve sur tous les PC actuels. Il faut une caméra mais si on fait de l’animation, un simple appareil photo peut suffire parce qu’il suffit de prendre une image à la fois. Il faut peut-être un petit peu de matériel de son mais ça peut être juste un micro que l’on branche à la caméra. Je pense que la technique ne doit pas être un frein à l’animation. Maintenant, on peut recourir à l’aide d’un professionnel qui peut venir donner deux ou trois petits conseils sur toutes les étapes techniques.

Quelle est l’étape la plus importante du processus de réalisation d’un film ?

Je pense que le plus gros du travail, c’est la conception du film-même. Je pense qu’à partir du moment où on a une bonne idée, même s’il y a des défauts, ça se verra beaucoup moins. J’ai remarqué ça aussi dans des films réalisés par des professionnels, même si l’animation est sublime, s’il n’y a pas un bon scénario derrière, le spectateur va s’embêter, le film ne sera pas abouti. Je pense qu’il vaut mieux partir d’une très bonne idée de scénario, de travailler vraiment ça avec les enfants, avec les jeunes. Se donner un sujet et délirer là-dessus, c’est vraiment cela qu’il faut faire au départ et puis voir avec eux comment on peut découper, comment on peut mettre ça en images. Je crois que c’est ça qui est important dans le projet.

Travailler en groupe autour d’un seul projet, ce n’est jamais simple, comment se passe la répartition des rôles lors de la réalisation du film ?

Il y a vraiment des intérêts différents quand ils viennent à l’atelier, certains sont vraiment attirés par les câblages, la caméra, comment ça fonctionne tandis qu’il y en a d’autres qui sont plus attirés par la créativité, inventer une histoire, animer… D’ailleurs on le sent tout de suite, il y en a qui sont plus dans la création des décors, d’autres qui sont plus dans l’animation. Maintenant, j’essaye que tout le monde touche à tout aussi quand ils viennent mais en général les rôles se définissent souvent par eux-mêmes.

Quel conseil donneriez-vous à des enseignants ou des animateurs qui voudraient se lancer dans un projet vidéo ?

Il ne faut pas avoir peur de se lancer, il ne faut pas être bloqué par la technique, c’est un outil facile d’utilisation et on peut toujours faire appel à des aides extérieures, il y a des tas d’asbl qui existent maintenant. Ce sont des gens qui pourront toujours venir donner un petit conseil sur l’animation. Ce qui faut, c’est que ce soit vraiment le projet des jeunes ou des enfants au départ, il ne faut pas que le prof vienne avec un scénario alors qu’il n’est pas applicable ou qu’il est écrit comme un roman. Il faut que ce soit très visuel. Quand on pense « cinéma », quand les enfants écrivent le scénario, il ne faut pas écrire de belles phrases, ce n’est pas une rédaction, il peut y avoir des fautes, ce n’est pas le but poursuivi. Il ne faut pas les bloquer dès le début avec l’orthographe, il faut vraiment écrire en pensant à ce que l’on va voir à l’image, comment je vais filmer et ce que je vais voir à ce moment-là, ça, c’est super important.

Propos recueillis par Jean-Paul Vitry

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