Twitter, un nouveau cordon ombilical ?

Dans la gamme des réseaux sociaux, Facebook est sans aucun doute celui qui occupe la première place, à tout le moins en Europe. Pourtant, la rigueur critique voudrait que l’on analyse cette réalité technologique contemporaine en évoquant les diverses applications qui autorisent aussi d’autres usages que la seule plate-forme de Mark Zuckerberg. Parmi celles-ci, Twitter est d’un genre particulier créant entre ses utilisateurs un rapport si ténu et dense à la fois que nous le comparons volontiers à un cordon ombilical.

Twitter est sorti de l’anonymat quand des événements liés à l’actualité ont été portés à la connaissance des journalistes par des citoyens reporters amateurs qui ne disposaient plus que de cette voie pour diffuser au monde entier le caractère dramatique de ce qui se passait dans leur pays. Notamment lorsque, dans certains états, les canaux habituels de transmission furent jugulés par un pouvoir en place désireux de neutraliser toute communication vers l’étranger.

First of all

Le premier cas d’école mentionné dans la littérature est la prise d’otages de Mumbai [1] de novembre 2008. On le sait, toute forme d’attentat est, par nature, fortuite. Aucun média ne peut prévoir pareils événements. Et souvent alors, dépêcher des correspondants sur place n’est pas chose aisée : il est fréquent qu’on arrive trop tard, même quand il s’agit de journalistes d’agences internationales ayant des sections locales proches du terrain des événements. Et puis, une fois arrivés sur les lieux, les journalistes sont tenus à l’écart, pour des raisons de sécurité bien compréhensibles. Aussi, les témoins directs, parfois ceux-là mêmes qui sont au cœur de l’événement [2], constituent-ils une ressource intéressante, surtout s’ils prennent résolument le parti de collaborer avec les médias. Encore faut-il savoir intégrer ces ressources de façon pertinente : être en mesure de « produire une info plus pertinente par rapport aux attentes des lecteurs : hyper réactive, moins conventionnelle dans ses choix, plus "live", plus libre, avec plus de ton, de conversation, beaucoup d’émotion. » affirme Benoît Raphaël [3].

Twitter réseau et moteur

Lors des événements que l’on retiendra sous le terme « Révolution de jasmin » et qui se sont déroulés dans tout le nord de l’Afrique, durant le début de 2011 (Tunisie, Egypte et ensuite Lybie), on a beaucoup parlé de Facebook et des pages thématiques qui ont été créées [4] pour manifester de façon virtuelle et faire circuler des informations relatives à l’organisation des mouvements de contestation du pouvoir en place. C’est aussi par cette voie que, lors des événements qui suivirent le tsunami au Japon, les ressortissants étrangers communiquèrent entre eux de la sorte, pour estimer les raisons éventuelles d’un rapatriement d’urgence. Or il faut bien l’identifier, Facebook est d’abord un réseau qui prolonge les relations de toujours. Le bouche à oreille qui s’y développe passe d’abord par les amis des amis… que l’on a déjà dans la vie réelle. Et cela marche, bien sûr. Twitter en comparaison, tel un moteur de recherche de type Google, Yahoo…, joue plus la carte des mots-clés et permet une identification aisée de nouveaux contacts en lien avec une problématique définie. Qui plus est, conçu dans la veine des outils web 2.0., il permet la localisation des infos en lien avec une thématique par l’usage de tags produits par les utilisateurs eux-mêmes (pour Twitter, on parle de #hashtag). Si bien sûr, ce réseau social est centré sur les personnes, il n’en demeure pas moins d’abord une opportunité d’échanges de contenus spécifiques entre amateurs experts d’une thématique.

Gazouilli versus statut

Quel est donc le mode de fonctionnement du réseau au petit oiseau bleu ? Continuons un instant la comparaison entamée avec Facebook, pour signaler à ceux qui sont déjà utilisateurs du réseau de Mark Zuckerberg que Twitter, c’est l’équivalent de la fonctionnalité « Exprimez-vous » affichée au sommet de votre mur de profil. Mais, à la différence de Facebook qui vous laisse écrire jusqu’à 420 caractères et vous permet un lien attaché ou un fichier en pièce jointe, Twitter limite son contenu à 140 caractères sans plus. Au vu de cela, certains diront que ce blogging est tellement micro… qu’il est l’équivalent d’un post it… ou d’un SMS (160 caractères, lui) publié en ligne. Et peut-être concluront-ils un peu rapidement à son inutilité ? « Micro-blogging », voilà en effet ce qui le définit le mieux le gazouilleur. Dira-t-on alors que Facebook est plus performant que Twitter ? Ce serait oublier la dimension « moteur de recherche » de ce dernier et tenter de comparer des poires et de pommes. Car, ceux qui se constituent en réseau avec l’outil Twitter sont d’abord des internautes qui s’identifient en rapport avec des thématiques précises. La recherche des correspondants intéressants peut se faire via la plate-forme Twitter elle-même, bien sûr. Dès la page d’accueil, on a accès à un onglet « Find people ». Mais il s’agit bien alors de fouiller la base de données des utilisateurs, via leur nom et prénom. Soit donc que l’on connaît déjà la personne que l’on cherche à joindre, soit qu’on l’a identifiée sur le net à travers d’autres contributions (site, blog, forum…) et que l’on vérifie si elle gazouille aussi. En l’occurrence, on cherche donc des individus.

Réseau ET moteur

Mais il arrive aussi, comme dans Facebook, que des profils utilisateurs soient en fait créés au bénéfice de personnes morales (des entreprises et sociétés, des associations, des thèmes aussi). Exemple : Europeécologie [5]. Il y a bien un éditeur responsable de cette page, et qui publiera de l’info en lien avec cette préoccupation… mais ce profil est sans doute créé d’abord plus pour fédérer des passionnés, voire des experts, autour d’une thématique que pour être la page d’expression d’un individu caché derrière un pseudo. En effet, en identifiant « Europeécologie », je peux découvrir qui sont les abonnés à cette page de publication. Des gens qui lisent sur le sujet… mais peut-être aussi des internautes qui proposent du contenu sur leur propre page. De plus, quand ils s’inscrivent comme followers de la page, ils enregistrent celle-ci au sein de listes thématiques qui comportent donc d’autres ressources sur le même thème. Une voie royale pour l’identification de nouveaux contacts à inscrire dans mon réseau. Le principe au cœur des réseaux : « les amis de mes amis sont susceptibles d’être aussi mes amis » est ici aussi au cœur du processus. A la différence qu’il ne s’agit pas simplement de partager son carnet d’adresses et de faire du chiffre en matière de contacts, mais bien d’identifier des gens motivés, à tout le moins demandeurs d’infos, mais peut-être aussi fournisseurs d’infos dans le domaine qui m’intéresse. La finalité, c’est donc bien le contenu, les échanges. Qu’on le comprenne bien, donc… au delà de la centration sur les individus, il y a la possibilité de solliciter la base de données Twitter par le moteur de recherche associé : Twittersearch [6] pour identifier les profils experts, lesquels deviennent rapidement des leaders d’opinions sur un sujet particulier.

La page d’accueil de Twittersearch se présente avec une zone de dialogue centrale comme tous les moteurs en ligne. La recherche s’effectue alors par mots-clés et non plus sur des individus. Cette seconde procédure de recherche est classique et bien connue des internautes du Web 1.0. Pourtant, il faut aussi apprécier toute la dimension 2.0. de l’outil en apprenant à se servir des #hashtags.

#mot-clé (lisez hashtag)

Non, il ne s’agit pas d’une religion ésotérique, pas plus que d’une nouvelle secte qui prônerait la consommation d’on-ne-sait quel hash…ich ! Les utilisateurs de #hashtags sont ceux qui balisent leurs gazouillis par l’adjonction de mots-clés (tags), de sorte à fédérer les conversations et les utilisateurs autour de thématiques ciblées.

Votre pratique de Twitter se développant, vous remarquerez que les messages postés par ceux que vous suivez [7] sont, non seulement des messages originaux, mais aussi parfois ce que l’on appelle des tweets de redirection ou de répétition. Ces posts de second rang, s’ils sont correctement publiés, sont reconnaissables par le fait qu’ils commencent par « RT », un indice que l’on fait généralement suivre du nom d’utilisateur dont on reproduit une intervention (Il y a d’ailleurs un bouton qui automatise désormais cette fonction). Exemple : RT @mediacteur. Cela permet à vos « suiveurs » de remonter à la source de l’information, s’ils le désirent, tout en avertissant l’intéressé que vous le republiez (chaque internaute dispose d’un onglet sur sa page profil, grâce auquel il peut savoir lesquels de ses tweets ont été republiés, et par qui). Et pour vous donc, c’est une manière de citer vos sources. Le « RT » n’est donc pas à confondre avec le Re @nomdutilisateur qui signifie bien que l’on répond de façon personnelle à tel ou tel… même si –et surtout si- le message ainsi posté reste lisible par tous les abonnés à votre fil de gazouillis. On sent bien à travers ces usages le soutien de la technologie à la dimension communautaire. Tout est fait pour partager largement.

Et les #hashtags ? Dans la syntaxe des twittos [8], s’est rapidement glissée une pratique pas encore très généralisée, mais déjà très intéressante tout de même : l’insertion de mots-clés. Tout terme précédé d’un « dièse » va automatiquement générer une page twitter spécifique. Tous les gazouillis qui intégreront ce #hashtags seront donc doublement publiés : à la fois dans le fil de conversation de leur auteur (et par voie de conséquence, dans ceux de tous ses abonnés) mais aussi dans cette page thématique.
Exemple : https://twitter.com/#search?q=%23educationauxmedias. Comme on le remarque dans l’URL de cette page, nous sommes en présence, non d’un profil d’utilisateur, mais bien d’une page résultat d’une recherche opérée par « Search Twitter », le moteur associé à la plate-forme Twitter. Il y a donc une différence entre une page créée par l’usage d’un #hashtag et une page d’utilisateur qui aurait été créée en personnalisant, telle un personne morale, une notion, un événement ou une réalité. Vous pouvez ainsi comparer https://twitter.com/#search ?q=%23iranelection, la page qui compile toutes les interventions tagguée « #IranElection » et la page https://twitter.com/iranelection qui a été créée au bénéfice d’une personne (une seule) qui a choisi ce pseudonyme pour développer une ligne éditoriale ciblée sur cette problématique.

Twitter api

Concrètement, l’usage des #hashtags permet donc non seulement de baliser une thématique dans la masse des gazouillis qui s’expriment, mais aussi de rassembler les intéressés par la problématique sur une page unique. Une Twitter api [9] a d’ailleurs été créée pour vous faciliter la localisation des pages dédiées à des tags : Tweetchat. Une fois abonné à celle-ci, vous pouvez par son intermédiaire interroger la base de données Twitter pour être redirigée vers la chat room correspondante. Mais attention, tout message que vous posterez dans cette chat room sera également posté dans votre fil de gazouillis et vos abonnés en seront automatiquement avertis. Ne croyez donc pas que vous ne vous adressez qu’aux abonnés lecteurs de la page thématique. Twubs (voir : http://twubs.com) est un autre moteur de recherche des #hashtags existant. Histoire de ne pas ouvrir la même thématique sous un autre terme, un synonyme ou un pluriel. Au risque sinon de développer une confusion de tags sur un seul thème. Exemple lors de la mort de Michaël Jackson, on retrouvait : #michaeljackson, #Michael, #michael, #MICHAEL, #Jackson, #RIPMJ, #MJ et même #moonwalk.

Tweetchat n’est pas la seule Twitter api à s’intéresser aux #hashtags. En effet, un site internet logé à l’adresse : http://www.hashtags.org permet de suivre la popularité des hashtags en temps réel. Pas étonnant alors que Twitter devienne un espace d’investigation hautement fréquenté par les journalistes. Que ce soit pour lever une info ou pour en rechercher les témoins directs, de plus en plus, les médias se branchent sur la toile, avec l’impérative nécessité ensuite, non seulement de recouper leurs sources, mais d’en identifier les auteurs et d’établir le degré de fiabilité de ces derniers.

Sur un thème donné, on peut aussi faire des « recherches complémentaires de niveau deux ». Il existe en effet des applications qui tracent les publications des utilisateurs de Twitter et qui traitent celles-ci selon l’un ou l’autre angle d’attaque. Ainsi Trendistic [10] qui produit des statistiques de fréquence des hashtags. Ce site se révèle très intéressant pour identifier des tendances. Quel est le sujet à la une pour l’instant ? Le 14 mars 2011, c’est forcément les #japan, #tsunami, #prayforjapan et autres #fukushima ou # sendai qui sont en tête. Twitter permet de visualiser cela dans une partie de l’écran (les chiffres sont soit mondiaux, soit identifiés au départ de quelques pays ou états des USA), mais le site Trendistic donne, lui, des tableaux statistiques à grand renfort de courbes étalées sur 30 – 7 ou 1 jour. Les courbes donnant bien sûr accès aux flux de tweets publiés… Derrière la synthèse à la question « Quel sujet à la une en ce moment ? », accessibilité donc aux profils des personnes concernées… Une base de rencontre et d’identification des intervenants experts sur le sujet que vous voudriez creuser.

Pourtant pas un jouet

Le jugement le plus commun sur « les réseaux sociaux » s’appuie sur la vision souvent caricaturale que l’on a du seul Facebook. Perception à l’emporte-pièce que s’autorisent même aussi ceux qui n’y sont pas inscrits ! « Les réseaux sociaux, c’est du voyeurisme doublé d’exhibitionnisme, une fameuse perte de temps. Pire, un piège pour tous les naïfs qui y déversent des infos privées sans imaginer l’exploitation éhontée que l’on pourra faire ensuite de celles-ci ! » Une condamnation sans appel qui loge à la même adresse ceux qui découvrent l’outil sans avoir de finalité avouée… et les chevronnés aux usages avancés… y compris dans le contexte professionnel. A nouveau, nous laisserons Facebook de côté pour nous intéresser à l’outil Twitter.
Le caractère austère de l’interface et du fonctionnement (pour rappel : maximum 140 caractères par message, sans lien ni fichier annexé) atténue les effets gadgets qui pourraient donner à penser que le réseau est d’abord conçu pour s’amuser entre amis. Certes, on peut se contenter de converser de façon anodine avec un cercle de proches… mais très vite sans doute, va-t-on se lasser de cette mise en ligne de communication de services type : « Je prends une pause de 5 min et me verse un café ! ». Car assez rapidement, on va comprendre que la dimension Web 2.0. de cet outil alimentera de façon bien plus pertinente l’échange (gratuit) d’informations de première main, et à haute valeur ajoutée). Un usage très apprécié dans le monde du travail. Si l’on reproche souvent aux réseaux sociaux d’être grands consommateurs de temps, on constatera à l’usage qu’ils sont aussi une stratégie pour en gagner énormément… En fait, à partir du moment où l’identification des bonnes personnes expertes dans votre domaine de veille est bien menél le temps consacré est un investissement. Echanger des infos via Twitter, c’est alimenter une base de données dont tous les contributeurs peuvent ensuite être bénéficiaires. Aussi, la recherche « d’infos chaudes » se fait-elle aujourd’hui bien mieux par cette voie qu’en utilisant les moteurs de recherche classiques. Beaucoup d’internautes chevronnés préfèrent aujourd’hui ces infos poussées (push) par une communauté d’experts que les résultats publiés par un logiciel de localisation (pull) qui ne dit rien de ses critères de sélection et de classement. D’autant que lesdits moteurs ne peuvent mentionner des infos qu’une fois celles-ci localisées et engrangées. Ce qui demande parfois plusieurs semaines. Or avec les outils du web 2.0., les diffuseurs d’infos peuvent coupler la mise en ligne de leurs nouveaux messages (gérée de plus en plus par flux Rss) avec leur plate-forme Twitter. Publier sur son blog peut générer l’instant d’après un tweet, lequel sera suivi par nombre de Followers, lesquels pourront le re-tweeter à leur tour, s’ils valident le sérieux de l’info. On comprendra alors que publier de l’info sur le net aujourd’hui ne se concrétise plus uniquement par la tenue d’un site internet, mais par une présence active au cœur des réseaux sociaux, qu’il s’agisse de Facebook pour être là où tout le monde est… (quitte à y noyer son info dans un magma indifférencié –hélas), mais aussi dans des réseaux experts comme Twitter qui ont pour vocation de cibler un public attentif au creux d’une ligne éditoriale clairement définie.

Mur de tweets en direct

Une autre circonstance dans laquelle Twitter (aidée en cela par les hashtags) semble bien se développer, c’est le compte-rendu, en ligne en temps réel, d’un événement auquel vous participez et duquel vous voulez faire bénéficier tous vos abonnés. Vous organisez un événement et tous ne peuvent y participer ? Rendez visible sur le net le contenu commenté de ce qui se passe par un fil Twitter dédié. Utilisez pour cela un hashtag spécifique du genre #mon_evenement. De plus en plus de colloques et conférences [11] se servent de cet usage « en temps réel » dans l’auditoire, et aussi pour permettre des interactions entre les participants et avec le conférencier ou les membres de la table ronde. Dans ce cas, il arrive que l’on prévoit la projection grand écran des réactions des participants pendant que les experts s’expriment [12]. C’est cette intuition que cherche même à développer un enseignant [13] qui tente ainsi de contrecarrer la distraction chronique de ses élèves qui surfent distraitement pendant la classe (où les ordis portables sont autorisés sans que le prof ne puisse être présent à tout ce qui s’affiche à l’écran et qui n’est pas toujours en rapport avec la leçon). Pendant qu’il anime son cours, il invite ses étudiants équipés de portable à dialoguer entre eux (sur ce que le cours évoque, bien sûr) ou à faire des recherches dont ils publient en temps réel les résultats pour toute la classe, sur grand écran.

Cordon vital

La comparaison entre les réseaux prend souvent aujourd’hui la tournure d’une mise en demeure radicale. Par exemple : « Si vous deviez opter entre Facebook et Twitter, que choisiriez-vous ? ». Dans le domaine des loisirs, il semble évident que le premier ouvre une série d’usages des plus intéressants. A condition de bien gérer ses niveaux de confidentialités, la publication d’infos (nouvelles, photos et vidéos, événements…) entre relations de proximité via Facebook semble en ressortir optimisée. Et donc y renoncer pour ceux qui y ont goûté est sans aucun doute un effort de taille. Mais s’il s’agit de se construire un réseau expert qui vous conseillera sur une thématique spécifique (qu’elle soit professionnelle ou de loisirs, peu importe, finalement), Twitter apparaît comme un outil de loin supérieur. Parler ici d’un cordon ombilical tient au fait que les contacts identifiés deviennent, au fil du temps, des partenaires auxquels vous êtes reliés par un flux d’excellence. Y renoncer relèverait alors plus d’une panne de service.

Les entreprises ne s’y trompent pas ! Elles ont compris que les internautes aguerris passent désormais plus volontiers par les réseaux sociaux pour faire circuler de l’info tagguée porteuse d’appréciation personnalisée… une réalité augmentée dont on est de plus en plus friand. C’est Alain Gerlache [14] qui relayait dès lors ce fait divers qui pourrait bien vite se muer en phénomène de société : le client d’un tea-room tweet en direct son insatisfaction à attendre longuement sa commande alors que d’autres clients arrivés après lui sont servis en priorité. Le post est identifié en temps réel par la chaîne horeca qui suit tout ce qui se publie avec les tags liés à sa marque. Le client n’est pas encore dehors que le garçon de café est déjà informé de sa méconduite et remis à sa place par son supérieur.

Buzz, rumeur et pensée unique

Reste qu’un problème peut malgré tout infester la tweet attitude. Une fois la liste de « following » installée (même si cette opération n’est jamais acquise de façon définitive, bien sûr), il n’est pas impensable que certains utilisateurs du réseau social se confortent dans une position de suiveurs, déléguant par le fait même le leadership à quelques uns…devenus de ce fait de vrais gourous. Il n’est pas toujours aisé d’identifier sur quels critères ces « leaders d’opinions » émergent dans la communauté mondiale, mais c’est un fait dont vous pourrez aisément vous rendre compte. Pour ce faire, prenez une thématique que vous connaissez bien, identifiez quelques pointures éditoriales et analysez la liste de leurs followers. Passez ensuite à la liste des followers de ceux-là et vous verrez qu’ils se nourrissent aux mêmes adresses… Pour être ramifié largement, le réseau Twitter est malgré tout d’abord constitué en marguerites [15]. En soi, la chose n’est pas négative, bien au contraire, puisque cela augmente la capacité des membres du réseau de se connecter à la source d’une info (on parle alors de centralité d’intermédiarité). Mais le risque bien réel est alors qu’une information soit largement diffusée (et donc plébiscitée) du fait que tous ceux qui la relayent le font à partir d’une source unique. C’est le phénomène du buzz, le bruit fait autour d’une info… une stratégie moderne de communication qui fonctionne sur le principe qu’il est bon de parler de telle ou telle chose pour manifester son caractère branché. Le phénomène était déjà présent dans les conversations échangées sur la plate-forme du train… A l’heure d’internet, le bruit s’est amplifié. Buzzer n’est pas en soi répréhensible… C’est un choix comportemental de l’ordre de la mondanité. Ce qui est plus délicat, c’est quand les propos relayent une info qui n’a pas été vérifiée et que sa transmission s’apparente plus à la rumeur. Mais le réseau social (on parle ici de Twitter) qui peut provoquer assez facilement ce travers contient en lui-même son antidote puisque le fait d’être facilement en contact direct avec la source de l’information que l’on re-tweet avec tant de facilité permet aussi de recouper cette info et/ou de soumettre son producteur à l’examen critique. On constatera donc une fois de plus que ce n’est pas le média, la technologie qui est à suspecter, mais plutôt l’usage qui en est fait. Un grand classique de l’analyse critique des médias de communication.

Michel BERHIN

Mars 2011.

[2Les partisans de Mir Hossein Moussavi ont abondamment relayé les émeutes iraniennes lors des élections de 2009.

[3Rédacteur en chef du post.fr, site d’info expérimental grand public lancé par Le Monde interactif. Lire : http://benoit-raphael.blogspot.com/2008/11/mumbai-bombay-congrs-du-ps-twitter-le.html

[7Si des utilisateurs (Followers) se sont abonnés à votre fil de gazouillis, vous en avez sans doute fait autant avec d’autres usagers qui sont appelés vos « Following ».

[8Les utilisateurs contributeurs au sein de Twitter

[9Une application généralement développée par un concepteur indépendant, du fait que nous sommes en l’occurrence dans le monde du « libre », les codes fondateurs de Twitter étant accessibles aux développeurs désireux d’enrichir l’outil de nouvelles fonctionnalités.

[11Un exemple récent qu’il m’a été donné de suivre est celui de #webcamp

[12Un exemple récent avec #Ludovia. Voir aussi http://twitter.com/# !/ludovia2011

[13Howard Rheingold, l’auteur des Foules intelligentes, dans un récent billet évoque son métier de professeur à l’heure des téléphones et des ordinateurs connectés. Non par pour dénoncer l’inattention de ses élèves - “une salle pleine de gens qui ne sont pas en train de me regarder ou de se regarder, mais qui semblent être hypnotisés par quelque chose sur leur écran d’ordinateur” - et leur propension à accomplir plusieurs tâches à la fois, mais pour interroger les méthodes d’enseignement à l’heure des ordinateurs connectés, dont Howard Rheingold encourage l’utilisation en cours. Comment les utiliser et à la fois prêter attention au professeur et veiller à ce que les étudiants ne sortent pas du cours via les écrans ?

[15Les spécialistes des réseaux parlent de « centralité de degré ». Voir notamment : http://www.google.be/search?q=centralit%C3%A9+de+degr%C3%A9&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a

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