Djihad radical, le théâtre des opérations média

Le djihadisme radical et violent mène une guerre médiatique d’un nouveau type, aux effets dramatiquement observables, du Moyen et Prochain-Orient à nos villes européennes. Est-il en mesure de la remporter ? Quels objectifs les groupes islamistes contemporains visent-ils à travers leur cyberdjihadisme ? De quelle manière s’y prennent-ils ?

La propagande djihadiste militaire n’est pas nouvelle. Elle remonte au fond à une bonne trentaine d’années. Au moment où l’URSS envahit l’Afghanistan, l’islamisme se substitue au communisme et au panarabisme comme idéologie de résistance et de libération. Ont suivi les attentats de New York et l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis qui lui ont offert de nouveaux et multiples relais en Europe, dont plusieurs pays étaient très réticents à entrer en coalition avec le géant américain. Puis les réseaux sociaux numériques lui ont donné un souffle inédit, « répondant aux vœux d’un des penseurs du djihad, Abou Moussab al-Souri [1] ». « Ce stratège », selon le chercheur Abdel Asiem El Difraoui [2] « s’est signalé en prônant une gestion décentralisée de la guerre sainte. La voie vers le succès (du djihad militaire, n.d.l.a.) est à ses yeux un système, pas une organisation. C’est ce modèle qui s’est imposé en matière de propagande » [3].

Une formule (combinant le type de stratégie militaire sur le terrain et les modes de communication déployés) était créée. Les djihadistes contemporains la déclinent aujourd’hui sur différents théâtres d’opérations tant réels que numériques. Fait notable : ce mode opératoire repose en partie, à l’instar des actions menées à Paris en novembre 2015, sur la multiplication d’actions spontanées lancées par des terroristes radicalisés, notamment via Internet, incités à choisir eux-mêmes, dans leur milieu de vie, une cible adéquate, symbolique, assurant une amplification médiatique de leur cause. Cette médiatisation donnée aux pires atrocités résiste difficilement au procès d’une involontaire publicité faite à la cause dans les médias. Le choix éditorial, opéré par certains journaux, comme Libération, de promouvoir en Une le portrait souriant de Abdelhamid Abaaoud quelques jours après les attentats de Paris a suscité quelques lectures accusatrices, oscillant entre idolâtrie d’un guerrier satisfait de son acte et banalisation de la figure du mal, d’aucuns ayant préféré qu’on y mette le visage des victimes.

Système plutôt qu’organisation. Dans la ligne de mire des médias occidentaux, les réseaux sociaux sont accusés de faire le lit du radicalisme religieux guerrier, mieux que la télévision le fît, il y a plus de dix ans, quand elle était soupçonnée de servir de porte-voix aux desseins d’Al-Qaida.

Cyber-utopie

L’appel aux outils numériques aux fins de propagande en soutien ou accompagnement d’actions menées sur terrain réel ou, de manière plus large, en politique, ne constitue pas une pratique nouvelle. En attestent, par exemple, la campagne électorale de Barak Obama ou encore, le mouvement des Indignés dont les rassemblements étaient organisés à partir des réseaux sociaux. Plus récemment, certaines visions romantiques du Printemps arabe ont voulu trouver dans le recours à Facebook et Twitter le moteur principal des révoltes populaires, lesquelles ne pourraient en réalité naître sans reposer sur des engagements initiaux collectifs, ni se déployer sans être relayée sur le terrain.

Morozow [4] stigmatise ainsi deux utopies : le cyber-utopisme, hypothèse selon laquelle la culture de l’Internet est par nature émancipatrice, et l’Internet-centrisme, conviction que toute question sociale ou politique majeure ne peut se résoudre sans Internet. Pour ce chercheur, les usages contestataires de la Toile sont surévalués : les espaces numériques sont incapables de structurer des mobilisations citoyennes susceptibles d’étendre fondamentalement la démocratie. Nous sommes ainsi à des années-lumière de l’enthousiasme lyrique qui décrivait le Printemps dit révolutionnaire 2.0 mené par les peuples nord-africains. Les jeunes de cette région investissaient pourtant Twitter et Facebook pour y contester les régimes locaux (faisant le buzz avec le fameux slogan Dégage, élu « mot de l’année 2011 [5] »), et promouvoir leur faim de démocratie :

En dix-huit jours, nous avons rajeuni de trente ans. Une des choses qui nous a le plus frappés, c’est l’aspect impensé de cette révolution. Ses acteurs eux-mêmes étaient émerveillés, surpris d’être là, ensemble, libres, et de découvrir à quel point ils étaient proches les uns des autres... Musulmans et chrétiens, croyants et laïcs, hommes et femmes, qui faisaient corps, qui faisaient peuple. Les gens se disaient : « nous n’aurons jamais plus peur, nous ne serons jamais plus seuls, chacun dans son coin… Nous savons maintenant que nous avons les mêmes rêves » [6].

Internet, média fantasmé des Lumières, de la démocratie et de la coexistence pacifique, Internet, lieu de liberté, utopie lumineuse d’un monde en paix et sans peur. Peu de temps après les attentats de Paris, les réseaux sociaux étaient investis des mêmes intentions unanimistes et touchant à la construction d’un corps social cohérent mais éphémère, à travers la diffusion en boucle de témoignages de paix et d’amour, de dessins, et sur Facebook, de la mise en profil temporaire de l’avatar sur fond de drapeau français en filigrane.

Desseins guerriers

Les outils médiatiques au service des activismes mondiaux, politiques et citoyens servent les plus noirs projets de la propagande guerrière, au point que cette question met les champs politiques et journalistiques en ébullition. En effet, le groupe dit « Etat Islamique », Daech, mène aussi un combat médiatique sans armes, et, tout en combattant les valeurs démocratiques, « renvoie une image de modernité, donne l’impression qu’il maîtrise tous les outils de communication actuels et dispose de moyens comparables aux pays développés contre lesquels il se bat [7] ».

Le contexte du déploiement propagandiste est multiple et complexe. Les belligérants du conflit armé sont nombreux, les combattants sont issus des quatre coins du monde, y compris occidental. Les organisations terroristes et militaires se font concurrence et tentent de prendre le leadership local. C’est ainsi que, une semaine après les attentats de Paris. Une guerre classique de conquête territoriale se double de préoccupations idéologiques, hégémoniques, religieuses, économiques, transnationales. De ce fait, l’État Islamique vise plusieurs objectifs : élaborer une identité de marque, terroriser les adversaires, financer les opérations de terrain, recruter de nouveaux adeptes. On retrouve là certains effets visés par la propagande traditionnelle, selon l’historien Laurent Gervereau [8] : terroriser, manipuler, convaincre.

Daech le fait en utilisant les supports de communication les plus divers et adaptés à ses fins, de manière à occuper en véritable « marque monopole », le terrain de la visibilité médiatique : « Là où Al-Qaïda et les autres groupes terroristes djihadistes ont toujours été perçus comme des réseaux souterrains, Daech au contraire s’affiche en pleine lumière sur les supports de communication les plus prisés par la jeunesse, dont une partie se met en quête de symboles de contestation radicale de l’impérialisme occidental ». [9] Les jeunes recrues potentielles du djihad guerrier sont réceptives à la forte connectivité de Daech, qui, de surcroît, met en œuvre des techniques de production d’images largement supérieures à celles de la plupart des autres mouvements terroristes.

Maîtrise de l’information à sa source

Le groupe Etat islamique veut occuper le territoire médiatique pour légitimer ses idées politiques et imposer sa propre lecture du conflit. Comment ? D’une part, en envoyant ses combattants invisibles sur la Toile pour assurer une suprématie volumétrique des messages produits et d’autre part, en contrôlant l’information à sa base, privant ainsi les médias de la possibilité de requérir d’autres sources. Loi du nombre et assèchement du débit de paroles alternatives.

Vidal, Bonamour et alii [10], citant d’autres auteurs [11] relatent ainsi comment très tôt Daech a diminué le nombre d’observateurs présents sur le terrain, en particulier les journalistes, afin de devenir l’unique fournisseur de contenus sur le groupe Etat Islamique. Les assassinats de plusieurs reporters occidentaux ont découragé beaucoup d’entre eux de se déplacer vers le conflit, affamant les sources d’informations indépendantes. Les rares journalistes présents suivent des règles strictes : allégeance au « Calife », supervision et contrôle de leurs contenus, interdiction des contacts avec les chaines de télévision, faisant d’eux, faute de mieux, des sous-traitants involontaires de la communication de Daech. En absence de sources alternatives, les médias reprennent les documents fournis par le groupe Etat Islamique pour rédiger leurs articles, érigeant celui-ci en définisseur primaire (l’expression est de Stuart Hall [12]) de la situation locale pour ordonner un cadre interprétatif unilatéral, sur le mode du « ça va de soi ».

Mutations technologiques et stratégie de recrutement

Suralimentant les médias occidentaux en images, Daech prend appui sur les caractéristiques des réseaux sociaux numériques. De ce fait, le Printemps Arabe et Daech semblent formellement et accidentellement analogues. Ils ne le sont que parce que, dans les deux cas, le web 2.0 n’a pas été suffisamment analysé dans ses effets réels sur le corps social. Dans les révolutions arabes, les jeunes ont utilisé les possibilités médiatiques nouvelles pour mobiliser les ressources populaires, sans stratégie concertée. Les observateurs semblent avoir été tellement fascinés par l’utilisation – et ses effets – de l’outil numérique par les révolutionnaires arabes qu’ils n’ont pas vu venir le danger de son usage au service de l’horreur totale, contre-révolutionnaire, d’un groupe Etat Islamique façonnant un véritable plan de communication pour mettre en œuvre ses funestes desseins.

Le djihadisme est la première organisation politique, antidémocratique, à planifier l’usage d’internet pour délibérément procéder au recrutement de militants actifs. De ce point de vue, entre Al-Qaïda et Daech, on observe une mutation médiatique. L’organisation de Ben Laden, à l’image si peu sophistiquée, ne s’appuyait guère que sur la chaîne de télévision koweitienne Al-Jazzera et de la technologie rudimentaire du BlackBerry pour diffuser ses messages.

Daech mobilise les réseaux sociaux disponibles sur internet, et même les smartphones (au point de formater un certain nombre de ses vidéos de propagande sur ce type de support, ou de concevoir des applis pro E.I. [13]). Mais pas seulement. L’État Islamique maîtrise l’ensemble des interactions et complémentarités entre les médias classiques et les réseaux sociaux. L’organisation fait ce qu’on appelle du « cross-media », une stratégie favorisant les synergies médiatiques, pour y améliorer l’impact de ses messages, mieux ciblés en fonction du destinataire, voire personnalisés et interactifs.

Ainsi, outre les habituelles vidéos de propagande, on retrouve une grande variété de supports médiatiques différents. Les groupes terroristes, Al-Qaïda et Daech confondus, éditent ainsi des magazines en ligne, téléchargeables, en arabe, en anglais et même en français, comme Dar Al-Islam ou Dabiq. Ces magazines ne se contentent pas de faire de la propagande en ligne et du recrutement, ils publient des recettes de fabrication de bombe, ou encore, des pages consacrées à la maîtrise du tir sur cible. De vrais manuels mêlant préceptes idéologiques et aide pratique aux actions terroristes.

Daech dispose également de sites internet dédiés. Le site le plus connu des militants (khilafah-archives.com) a par exemple été lancé en juillet 2015 et était encore accessible la semaine qui suivait les attentats de Paris. Il a servi de support pour diffuser de la documentation sur le groupe État islamique en français. Non officiel à proprement parler il est géré par des adeptes en lien direct avec le groupe qui y diffusait des vidéos sous-titrées en français, des communiqués, des documents sonores. Protégé par un serveur basé aux Etats-Unis, le site profitait des lois américaines sur la liberté d’expression. Inaccessible en France conformément aux nouvelles lois antiterroristes françaises de lutte contre le djihadisme en ligne, le site était toujours accessible ailleurs dans le monde, tout comme la documentation prodjihadiste peut l’être via l’usage d’un VPN (Réseau privé virtuel), qui permet de surfer tout en masquant sa localisation.

Plus généralement, le groupe État islamique utilise une variété de supports pour dissimuler ses communications, notamment en vue de la préparation d’attentats. Elle utilise une application qui permet de transmettre des informations cryptées, et qui comptait, en octobre 2015, près de 10000 abonnés. Les combattants sont capables d’alterner entre plusieurs moyens de communication, plus ou moins traçables et sophistiqués, à l’instar du réseau Tor de l’application de messagerie WhatsApp. Les consoles de jeu en ligne sont également soupçonnées d’abriter ce type d’échanges.

Cet usage multiple, massif et multidirectionnel des médias a un premier effet significatif qui distingue plus encore Daech de ses prédécesseurs : la démultiplication des intervenants. Une source unique de messages, diffusés de manière hiérarchique, verticale, pyramidale, ouvertement et clairement djihadistes par Al-Qaïda, laisse la place aujourd’hui à un foisonnement de messages horizontaux, plus complexes et élaborés, de natures, de supports et de finalités variées. A cet égard, on estime le nombre de tweets relatifs à Daesh à 40.000 par jour, et 2.600 sites internet [14]. La notoriété et le succès de l’organisation peuvent, pour partie, être expliqués ainsi, et, a contrario, le déclin d’Al-Qaïda, la vieille génération médiatique.

User generated content

Comment se déploie cette stratégie communicationnelle 2.0 appliquée au fanatisme religieux militaire ?

Média-clé de la propagande, Les réseaux sociaux, initialement utilisés dans les sociétés occidentales dès après l’invasion américaine en Irak de 2003, fusionnent l’image du djihad et quelques données typiques de la culture numérique contemporaine des jeunes.

D’abord, via les comptes personnels, les messages sont produits et diffusés par les jeunes Occidentaux pour les jeunes Occidentaux, dans le cadre d’une communication peer-to-peer, ce qu’en termes publicitaires, on appelle le « user generated content », défini comme un message au contenu conçu et propagé par les utilisateurs finaux, non professionnels. Ce procédé de captation du public se distingue du marketing orchestré dans les médias traditionnels, propose un contenu « particulièrement interactif, puisqu’il peut être rendu public et échangé avec les membres d’un réseau qui peuvent ensuite le rediffuser dans leur propre cercle [15] ».

L’armée des tweets

Ainsi, la division Twitter de Daech est-elle particulièrement bien organisée, au point qu’Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, proclamé calife de l’Etat Islamique le 29 juin 2014, s’est fait surnommer le « calife Twitter ». Les journalistes Audureau et Zerrouky [16] ont mis le procédé en évidence. Plusieurs comptes officiels du groupe Etat Islamique, dont ceux qui génèrent les campagnes de propagande en ligne, adoptent des profils et avatars anonymes. Ce sont des comptes aux tweets fermés, auxquels n’ont accès que 600 abonnés, pour ne pas trop éveiller l’attention. Seconde particularité : leurs avatars ne sont pas des images traditionnelles de l’organisation mais les visages anonymes de combattants, plus difficiles à déceler. Le nombre d’abonnés est limité pour échapper à la vigilance de Twitter, mais ceux-ci tissent entre eux une toile d’araignée par le biais d’abonnements croisés, élargissant le volume d’informations échangées aux différentes branches, notamment internationales, de Daech.

Les sympathisants et relayeurs d’un deuxième cercle doivent s’abonner et donc être acceptés pour avoir accès aux contenus de l’organisation qu’ils sont chargés de retweeter pour inonder les réseaux. C’est sur eux que repose la diffusion massive de la propagande, un rôle de maillon visible plus exposé aux suspensions. Peu importe, pour Daech : sa stratégie en tient compte. En effet, 10% de l’activité sur Tweeter du groupe consisterait à rénover son réseau. Pour survivre à ces suspensions, les sympathisants diffusent le nom de leurs comptes de réserve via des tweets ou leur texte de profil. Ainsi, leurs abonnés savent à l’avance où les retrouver le jour où leur compte actif sera suspendu. Ces comptes de secours sont en revanche inexploités pendant ce temps, afin de ne pas éveiller l’attention de Twitter. Véritable caisse de résonnance, Twitter voit l’efficacité du message croître de manière exponentielle à mesure que l’utilisateur se rapproche du cœur de ce réseau.

Sous-culture occidentale

La violence, message visuel le plus significatif de Daech, n’est pas forcément le plus puissant. Selon certaines sources [17], 45% de la production médiatique du groupe Etat Islamique délivre des messages positifs pour obtenir le soutien des populations et recruter des combattants potentiels. Sur Facebook, les auteurs des posts pro-Daech diffusent incidemment des informations plus légères, de la vie quotidienne et des loisirs, propres à la sous-culture du réseau social. Un contenu très éloigné de la rhétorique enflammée, liturgique et vernaculaire de Ben Laden, illustrée par des images répétées des guerriers de l’organisation ou de l’ex-leader d’Al-Qaïda situant celui-ci dans des décors proches des lieux importants et symboliques de la biographie du prophète de l’islam (grotte, déplacement à dos de chameau).

La propagande 2.0 exhibe ainsi de nombreuses photos de combattants à l’index levé, déclinaison djihadiste du « like », pouce levé de Facebook produisant un curieux message mixant à la fois la signification à l’appartenance djihadiste et l’iconographie propre aux jeunes Occidentaux. On y trouve également de nombreux « lolcats », terme désignant une photo de chat accompagné d’une légende humoristique. Les images de guerriers caressant des chats veulent gagner la sympathie, et indique que les producteurs de l’information sont rompus aux usages communs et aux poncifs des réseaux sociaux. Soluble dans les particularismes culturels et médiatiques locaux, le cyberdjihadisme dispose d’une grande capacité de mutation, et d’un potentiel de recrutement transnational. Il recrute dans toutes les sociétés. Cette sous-culture renouvelle la culture du djihad en y introduisant de nouvelles symboliques, dont le selfie [18], produit de la culture web occidentale.

Ces selfies et autres photos de propagande autoproduites montrent peu de la réalité de la guerre, mais donnent à voir une représentation plutôt idyllique des lignes arrière. Ces messages sont destinés avant tout à faciliter le rassemblement de nouveaux adeptes en montrant que le djihad est mené par des individus qui leur ressemblent, dans un contexte de vie qu’ils connaissent ou auquel ils aspirent, et que, pour les combattants, la guerre ressemble davantage à un camp de vacances qu’à un champ de ruines. C’est exactement ce que les enquêteurs ont retrouvé dans le gsm et le compte Facebook de Abaaoud : des selfies avec d’autres combattants, un statut Facebook dans lequel le criminel se désigne lui-même comme un « touriste terroriste ».

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Le magazine francophone de l’EI : Dar Al-Islam et sa couverture explicite menaçant la France

Dans le même temps, traumatisés par l’exemple des images saisissantes de la guerre du Vietnam, les Occidentaux rechignent à dévoiler l’horreur du conflit, craignant voir leurs opinions publiques se retourner contre eux. La voie est royale pour les propagandistes, relatant par exemple, photo à l’appui, la facilité avec laquelle il est possible de rejoindre la région. Arrivés à destination, les présumés combattants postent beaucoup d’images dépeignant une vie très ordinaire et paisible des djihadistes. Elles figurent notamment des colis de nourriture venus directement de chez eux, des bonbons occidentaux à distribuer aux enfants. S’y ajoutent des villas avec piscine qu’ils se voient offrir, légendées « Djihad, the good life ». Les nouvelles recrues ont même droit à des pizzas : « Nous vivons très bien AL-HAMDULILLAH ! Je viens de télécharger quelques images pour vous montrer ce qu’Allah peut nous offrir sur cette terre sainte du Shaam ! A noter que ma maison n’a seulement qu’une seule chambre… Les autres en ont 5 ou + avec des piscines, etc.… Encore un AL-HAMDULILLAH pour CELUI qui nous a offert ce que nous avons ici. [19] »

Et puisque malgré tout, la guerre a bien lieu, de nombreuses photos présentent les armes à disposition des moudjahid, comme dans un étal de jouets de Saint-Nicolas. Les appels au djihad dans cette Syrie ravagée font autant rêver que les dépliants diffusés par les agences de tourisme. Plus encore, le djihad de propagande propose des services d’agence matrimoniale  : « Aux frères : Qu’attendez-vous ? Il y a ici tout un paquet d’armes qui attendent que vous veniez jouer avec. Nous égorgeons régulièrement des moutons selon le nombre de frères présents et il y a beaucoup de nourriture. Il y a aussi plein de femmes qui attendent de se marier avec impatience. Nous attendons la venue de la progéniture de l’armée de l’Imam Mehdi selon la volonté d’Allah ».

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Et même, le bonheur conjugal sous Allah que la propagande juge vicié par les valeurs occidentales y est promis aux femmes candidates au départ : « Aux sœurs : Qu’attendez-vous ? Les vêtements de vos maris ont besoin d’être lavés ! (je rigole) mais sérieusement, qu’attendez-vous ? Ici, vous pourrez porter vos voiles sans vous faire harceler. Ici, aucune femme n’est prise à parti et si cela arrive, une grande sanction sera prononcée car l’honneur d’une femme ne doit jamais se trouver altéré. Ici, il y a aussi des dizaines de moudjahidin qui souhaitent se marier. Bien qu’ils soient féroces aux combats, ils sont très doux. Sans femme pour les aimer et sans mère pour leurs enfants, ils sont comme des orphelins qui attendent qu’on les aime comme leurs parents les ont aimés. Rejoignez-nous sur la terre de l’honneur. Nous avons ici besoin de vous ».

Le recrutement d’une jeune fille, dont le magazine français le Nouvel Observateur relate le témoignage [20] fait savoir que cette victime n’est pas passée par la fréquentation d’une mosquée radicale mais, que c’est en grappillant des informations sur Youtube et Facebook à propos du conflit israélo-palestinien, qu’au fil du temps, elle a été mise en rapport avec des recruteurs : « Un jour où je ne me sentais pas très bien, j’ai laissé sur ma page Facebook un message disant que j’aimerais pouvoir me faire pardonner toutes mes bêtises. Là, des gens m’ont ajoutée dans leurs amis et puis ils sont venus me parler. Ils sont arrivés tout seuls, très vite. Comme j’avais écrit que je souhaitais devenir infirmière, ils m’ont dit que je pouvais venir aider en Syrie, pour faire de l’humanitaire, et qu’il n’y avait rien de mieux au monde que de se faire pardonner au Shaam (le Levant) où se trouve la Syrie ». Un profil de recrutement très prisé par Daech, jeune fille studieuse, mal dans sa peau, aux ambitions humanitaires et tournée vers les métiers de la santé…

Le réseau social est devenu un vecteur central du recrutement, dont évidemment, les usagers maîtrisent les fonctionnalités. Si on « like » un contenu, Facebook va le remplacer par un autre similaire. De la même façon, une certaine forme d’unanimisme dans les propos et les prises de position sur Facebook, nécessaire à la hiérarchisation dans un groupe virtuel et à la paix sociale à l’intérieur de celui-ci, façonne l’opinion. Plus les amis seront pro-djihad, et plus Facebook proposera d’être ami avec des gens du même avis. Cette fonction d’appairage affinitaire suscite une sorte d’endogamie extrémiste.

La propagande djihadiste 2.0 poursuit ainsi de nombreux buts dont le principal reste, outre le recrutement de combattants sur place, de convaincre les jeunes musulmans d’Occident de « faire la Hijra », quitter la terre mécréante pour gagner un pays musulman. Et pour l’atteindre, de multiples arguments sont énoncés : le salut ou la pénitence, le luxe, les filles, l’aventure, l’attrait de la violence, et pour justifier l’ensemble, la religion. Cette stratégie génère beaucoup de commentaires haineux dirigés contre l’Islam, dans les forums de journaux en ligne. Daech n’entreprend rien pour les décourager. Au contraire, elle escompte par ce silence cliver les sociétés occidentales, sachant que plus une société est partagée, plus le recrutement y est aisé.

Créer une image de marque

Pour continuer à occuper le terrain médiatique, Daech ne peut se limiter à diffuser des messages futiles. Il est dans l’obligation de se renouveler, d’inventer de nouvelles formes de terreur et de les intégrer dans son plan-marketing.

D’autres images, bien plus terrifiantes que les cartes postales de piscine et autres lieux de villégiature figurent l’ultraviolence et l’horreur du sort réservé aux ennemis, « traîtres », « mécréants », « croisés », « sionistes » et leurs alliés. Elles sont adressées aux adversaires de l’organisation radicale, tout en renforçant la notoriété de leurs producteurs. En septembre 2014, la mise en scène sinistre du meurtre du journaliste américain James Foley, de son compatriote Steven Sotloff, enlevés en Syrie, plus tard celle de David Cawthorne Haines, tous trois en tenue de prisonnier orange, a défini une charte graphique, une image de marque identifiable. Celle-ci évoque la scène finale du film « Seven » de David Fincher (1995), avec Brad Pitt [21]. Les codes visuels y signent une rupture par rapport aux productions d’Al-Qaïda [22] Les images sont tournées et montées à la manière des productions filmiques occidentales ou vidéoludiques, l’assassin pose comme un « jeune rappeur britannique adoptant des postures menaçantes dignes d’un clip de gangsta rap » [23]. Ce casting sert aussi des fins de recrutement : il faut que les candidats occidentaux au djihad puissent s’identifier aux combattants qu’ils voient.

Cette publicité donnée aux exactions constitue la partie la plus noire et la plus connue de la médiatisation de Daech. En torturant et mettant à mort de la manière la plus horrible ses ennemis militaires, à l’instar du sous-lieutenant Jordanien Kassasbeh, l’organisation génère un effroi qui précède son action militaire, comme lors de la fuite tragique des soldats Irakiens en état de panique, à Mossoul. Daech fait peur, Daech disqualifie ses ennemis. Les images du massacre de 1700 soldats chiites en 2014 ont fait le tour des réseaux numériques. Ces hommes filmés en sous-vêtements, mains derrière la nuque, marchant pieds nus dans le désert, avaient été humiliés par les combattants du djihad avant leur exécution.

Sans doute, les auteurs de ses productions ont-ils ont vu plus de films d’horreur qu’ils n’ont lu le coran, ils sont imprégnés des productions hollywoodiennes ou de téléréalité et transforment la fiction en réalité. Ces drames, ainsi que l’égorgement du guide de haute montagne Niçois Hervé Gourdel en Kabylie par un groupe proche de Daech sont très significatifs de l’importance symbolique de l’imagerie de l’horreur dans le marketing radicaliste, au plus grand mépris des vies humaines. Le message global des films attestant l’exécution réelle des otages est cohérent dans la forme et dans le contenu : les victimes sont vêtues de la tunique des prisonniers de Guantanamo pour nous renvoyer à notre propre forme de barbarie, l’enfermement, la cage, la déshumanisation, la marchandisation médiatique des êtres sur fond de dévastation.

Assurer sa légitimité

Dans le cas de la mise à mort d’Hervé Gourdel, c’est le groupement Jund al-Khilafa qui a revendiqué l’attentat. Créée par des dissidents d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) en perte de vitesse, cette organisation a vu le jour une semaine plus tôt, quand son dirigeant fit allégeance à Daech. Ce groupe oublié a ainsi tout à coup a acquis une centralité médiatique mondiale, grâce à deux vidéos postées sur Youtube, immédiatement copiées et rediffusées dans différents comptes. Imitant le mode de fonctionnement de Daech, c’est-à-dire un égorgement mis en scène et mis en ligne très rapidement, le groupe a d’une certaine façon reçu son « bon à tirer » à l’extérieur, et sa légitimité dans un milieu peuplé d’organisations et groupuscules terroristes concurrents.

En matière de propagande classique, plusieurs moyens ou long-métrages récents marquent les esprits et tournent sur les sites internet de partage. Ils sont produits et diffusés en langue anglaise par Al Hayat Media Center, la cellule de production audiovisuelle de Daech. Il en va ainsi du Choc des épées ou encore, en 2014, de Flames of War, qui assimile le djihad à une superproduction hollywoodienne en HD d’action et de violence à la pointe de la technologie : caméras sophistiquées, retouche d’images pointues, gros effets sonores, scènes filmées sous trois angles différents. Enrichies d’effets spéciaux, les images glorifient les moudjahidin, élevés au rang de martyrs. Message central : Daech sanctifie les siens, est sans pardon pour l’ennemi, se montre magnanime avec ceux qui lui prêtent allégeance. Des scènes de vie agricole mettent en évidence la vigueur économique de l’Etat Islamique. La même année, Le choc des épées IV montre principalement des scènes d’exécution et d’humiliation. Chacun de ses épisodes est attendu avec impatience par les adeptes du djihadisme. Objectif : ici, comme pour les scènes d’exécutions partagées sur les réseaux sociaux, montrer la puissance militaire de Daech pour terrifier l’ennemi, le pousser à fuir, à cesser le combat, à déserter pour rejoindre le clan des plus forts. Si les arguments employés par ces communicants djihadistes s’inspirent de recettes révolues, leur forme évoque celle, ultra-efficace, d’un certain cinéma et de jeux vidéo violents.

Ce n’est plus le même plan médias qu’une dizaine d’années auparavant [24]. Les images sont désormais diffusées sur Youtube et cette réactivité dans la revendication, ajoutée à un traitement de l’image et une narration très occidentale change la donne [25].

Intelligence collective

Le rapport aux médias des terroristes s’est finement adapté à l’évolution technologique, y compris aux caméras miniatures. En mars 2012, les crimes de Mohamed Merah ont été filmés avec une go-pro, donnant, selon ses rares spectateurs, un film aux codes visuels proches de la caméra subjective d’un jeu vidéo à la première personne, de telle sorte que le spectateur ait la sensation de partager la perception visuelle du personnage. Ce procédé accentue l’identification au criminel, à l’instar de certains actes guerriers filmés au smartphone par Abaaoud. Le passage sur Youtube accrédite la réalité de la scène, statut authentifiant de toute image amateur publiée dans un support amateur, bien plus efficace sur ce plan qu’un reportage professionnel diffusé dans un programme classique de télévision.

La généralisation de ce procédé, la multiplication d’images du réel, au faible niveau de lisibilité, motive l’horreur de la plus grande masse. Mais elle suscite aussi la fascination obscène, un ressort de la consultation du Net qui va permettre d’élargir le recrutement des sympathisants trouvant là tout à la fois une conscience fière et une justification de leurs exactions. Les images tournées par des amateurs, parties prenantes de l’action, ne sont pas des éléments secondaires du programme global propagandiste. Elles complètent et enracinent les images professionnelles.

Al-Qaïda cherchait à recruter une élite présélectionnée, longuement préparée et formée. Les candidats aux actions terroristes contemporaines sont recrutés – outre les populations locales souvent mobilisées de force – parmi un public beaucoup plus large, et en particulier des jeunes, musulmans occidentaux, ou non-musulmans qui se convertiront à cette vision de l’islam, avec pour objectif de les endoctriner, les former si possible sur les champs de bataille et ensuite les réinjecter dans leur pays de départ pour y commettre un attentat non téléguidé de l’extérieur. Une stratégie dramatiquement payante, à l’occasion des attentats de Paris. La stratégie n’est plus de financer des billets d’avion et des cours de pilotage, de donner des ordres venus d’en haut et de les exécuter. Dans la guérilla numérique, tout le monde sait quoi penser, comment penser et comment faire, dans une forme d’intelligence collective. Les néo-terroristes sont capables eux-mêmes de prendre des décisions, d’identifier des cibles proches, qu’ils connaissent mieux qu’un quelconque centre opérationnel. Les terroristes du Bataclan savaient mieux que quiconque quelle cible viser, quels symboles attaquer. L’objectif est de concevoir des terroristes voisins de palier et des communicants locaux. La limite du procédé est dans-celui-ci. La non-maîtrise du symbole par les assaillants peut retourner l’opinion publique contre eux. Si certains avaient cru pouvoir tenter de justifier ou à tout le moins, de comprendre les attentats de Charlie Hebdo, l’unanimité dans la réprobation du massacre d’une jeunesse innocente a atteint toutes les couches de la population.

Une bataille perdue d’avance ?

La stratégie de communication du groupe Etat Islamique comporte de nombreuses faiblesses. Celles-ci sont essentiellement techniques : il ne dispose pour le moment ni des ressources ni du potentiel pour mener des cyberattaques d’envergure. Il peut mobiliser tous les supports propagandistes mais ne peut, avec la même compétence, mettre à néant les réseaux informatiques de ses ennemis, ni même neutraliser leurs moyens de transmission et de renseignement numérique. L’organisation terroriste est incapable de contrôler les supports qu’elle utilise. Pour autant, pour les Occidentaux, la guerre des médias est donc loin d’être gagnée. Quelles sont les ripostes citoyennes et politiques possibles ? On peut en envisager quatre, sur le seul terrain des médias.

D’abord, l’analyse de contenu des documents, sur un plan éducatif, et sans tabou. Car ces productions s’adressent à l’ensemble du monde, et pas à une niche de combattants convertis à l’islam radical. Il faut sans doute s’attacher à décrypter la forme et le message, désigner ce que la propagande montre, ce qu’elle déforme et comparer ces distorsions du réel par rapport aux réalités de terrain sans s’attacher au fond, aux racines profondes et subjectives du radicalisme, au risque de passer pour un propagandiste de l’autre bord.

Deuxièmement, le signalement : la politique de Youtube interdit toutes les formes de violence. La plateforme demande aux internautes qu’ils l’avertissent de toute vidéo inappropriée. La politique de cette plateforme de partage n’étant pas de filtrer les documents avant leur publication, certaines vidéos restent en ligne pendant plusieurs mois avant d’être signalées, d’autres ne sont jamais supprimées.

Troisièmement, produire des contre-récits, par exemple en faisant témoigner ceux qu’on appelle les « returnees », ceux qui reviennent du théâtre des opérations non en héros ou martyrs, mais désenchantés d’un combat qui n’est pas le leur. Ou encore, faire parler les victimes des attentats de Paris, des jeunes comme les autres. D’autres ripostes médiatiques s’organisent sur un ton parodique et moqueur. Sur Twitter, des comptes ironisant sur les membres de l’Etat islamique se multiplient, moquant Daech pour tourner en ridicule son idéologie. Des internautes, notamment Palestiniens et Egyptiens se sont notamment livrés à l’exercice, avec plus ou moins de succès [26].

Enfin, du côté législatif, les lois votées se veulent de plus en plus sévères, mais reçoivent une série de critiques, notamment pour leur inefficacité, leur absence de réelle nouveauté (le cadre législatif existant peut suffire), leur visée potentiellement liberticide, ou encore, pour le flou entourant la notion d’intentionnalité de produire un acte terroriste. La loi antiterroriste de 2014 en France a permis de bloquer cinq sites accusés de faire l’apologie du terrorisme, une thématique particulièrement sensible puisque les citoyens de ce pays encourent de graves condamnations pour de simples propos jugés criminels [27].

En Belgique, le « Belgium antiterrorism Act » de 2003, reconnaît la participation aux activités d’une organisation terroriste et sa direction comme une infraction terroriste, avec des peines assorties plus sévères que les peines de délits de droits communs. Après l’attaque du Musée juif de Bruxelles en mai 2014, un projet de plan de lutte anti-djihad autorise les policiers à créer de faux profils pour infiltrer les réseaux djihadistes sur internet, crée un Conseil national de sécurité, instaure un programme de « réinsertion et de déradicalisation ». La liste des infractions donnant lieu à l’utilisation des méthodes particulières de recherche (art 90ter du Code d’instruction criminelle) a été étendue. Ces lois sont encore renforcées à la suite des attentats de Paris

Mais ces initiatives privées ou publiques peinent à se faire entendre face à la machine de guerre 2.0 de la marque Daech. Le nombre de recrues étrangères reste important, même si les jeunes djihadistes européens ne sont pas les plus nombreux à rejoindre la terre syro-irakienne : l’afflux principal vient du Maghreb et de l’Arabie saoudite. Sur 30000 combattants, il n’y aurait « que » 2000 Occidentaux, dont, dans l’ordre, 950 Français, 500 Britanniques, 400 Allemands et 250 Belges [28], 269 selon l’OCAM fin 2015, soit tout de même, le pays occidental le plus représenté proportionnellement au nombre de ses ressortissants. Reste à savoir si, à long terme, l’éducation à la citoyenneté et aux médias pourra contribuer à tarir la source et aura raison de la puissance destructrice des propagandistes de l’Islam radical.

Yves Collard

[1« Dans son ouvrage majeur, Appel à la résistance islamique mondiale, publié sur Internet en décembre 2004, cet intellectuel critiquait ouvertement la stratégie de Ben Laden. Principal reproche : les attentats du 11 Septembre ont eu pour conséquence la perte de l’Afghanistan, alors base arrière des djihadistes du monde entier. Aussi propose-t-il une autre stratégie, diamétralement inverse, qui consiste notamment en des attaques décentralisées, menées par des petites cellules dispersées en Occident, sans liens avec un commandement central. ». Source : J.-P. Perrin, La France face au « troisième jihad » Libération, http://www.liberation.fr/planete/2015/01/07/la-france-face-au-troisieme-jihad_1175843, 7 janvier 2015.

[2Auteur de Al-Qaida par l’image, La prophétie du martyre (PUF), 2013.

[3A.-A. El Difraoui, Propagande djihadiste : « Nous sommes tombés dans le piège », interview récoltée par Le Temps, http://www.letemps.ch/monde/2015/03/04/propagande-djihadiste-sommes-tombes-piege, 4 mars 2015.

[4E. Morozow, The Net delusion : how not to liberate the World, Penguin, 2011.

[6Interview de A. Rifat, auteur de Ce que le Coran ne dit pas, dans Facebook, Twitter, Al-Jazzera et le Printemps arabe, Observatoire géostratégique de l’information, ss la direction de Fr.-B. HUYGHE », IRIS, Grasset 2014, http://www.iris-france.org/docs/kfm_docs/docs/2011-04-04-facebook-twitter-al-jazeera-et-le-printemps-arabe.pdf

[7I.Vidal, A. Bonamour, A. Gavard, M. Tafforeau et E. Quillier, Daesh : Les stratégies du terrorisme 2.0, http://avril21.eu/vues-d-ailleurs/daesh-les-strategies-du-terrorisme-2-0, 20 octobre 2015.

[8L. Gervereau, Images, une histoire mondiale, dans Revue française de science politique, Nouveau monde/CNDP 1998 Vol. 48 Num. 3 pp. 541-5.

[9I. Vidal, A. Bonamour, A. Gavard, M. Tafforeau et E. Quillier, op. cit.

[10Ibidem.

[11M. Lynch, D. Freloon, S. Aday, Syria’s socially mediated civil war , Peaceworks, n° 91, janvier 2014.

[12St. Hall, Policing the Crisis : Mugging the State and Law and Order MacMillan, 1978, p.58, signifie par ce terme que les journalistes rapportent les évènements en y incluant la perspective dominante, le cadre d’analyse des élites, imposant de ce fait une construction de la réalité.

[13S. Seibt, Google bannit une application de propagande de l’EIIL, dans France 24, http://www.france24.com/fr/20140618-aube-victoire-application-propagande-eiil-smartphone-bannie-google-play-djihad-irak

[14Source : N. Guibert, L’Etat islamique, c’est 40 000 tweets en français par jour , dans Le Monde, 01 janvier 2015, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/06/01/l-etat-islamique-compte-2-8-millions-de-francophones-sur-twitter_4645047_3218.html#dQTWPeVqQLbLRUWB.99.

[15A. Riom, A. Adary et Th. Libaert, Toute la fonction Communication, Dunod, 2010.

[16W. Audureau, M. Zerrouky, Comment l’Etat islamique a réorganisé son armée numérique sur Twitter, dans Le Monde, 28 mars 2015.

[17Magazine Vocativ, http://www.vocativ.com

[18Voir A. Roussinos, Les selfies djihadistes : les islamistes anglais partis en Syrie adorent les réseaux sociaux, 08 décembre 2013, http://www.vice.com/fr/read/les-selfies-djihadistes-les-islamistes-anglais-partis-en-syrie-adorent-les-reseaux-sociaux

[19Ibidem.

[20Le Nouvel Observateur, 2 octobre 2014.

[21O. Tesquet, Avec ses vidéos, l’Etat islamique terrorise pour se rendre crédible, Telerama, septembre 2014, http://www.telerama.fr/medias/avec-ses-videos-l-etat-islamique-terrorise-pour-se-rendre-credible,116441.php

[22Dix ans plus tôt, en 2004, la décapitation de l’homme d’affaires Américain Nicholas Berg est filmée en caméra statique et en images de faible définition. Cette séquence de quelques secondes a été publiée sur un site internet proche de Al-Qaïda, puis diffusée en boucle sur la chaîne Al-Arabiya, basée à Dubaï, la plus regardée du monde arabe avec sa concurrente Al-Jazira, au Qatar.

[23O. Tesquet, op.cit.

[24Al-Qaïda n’avait pas revendiqué l’attentat du 11 septembre 2001, ce qui avait donné lieu à de nombreuses rumeurs sur les auteurs réels de ceux-ci.

[25Dix ans plus tôt, en 2004, la décapitation de l’homme d’affaires Américain Nicolas Berg en images de faible définition, est filmée en caméra statique. Cette séquence de quelques secondes a été publiée sur un site internet proche de Al-Qaida, puis diffusée en boucle sur la chaîne Al-Arabiya, basée à Dubaï, la plus regardée du monde arabe avec sa concurrente Al-Jazzera, au Qatar.

[26S. Claudet,, Quand les Arabes se moquent de Daech, dans l’Express, 12 décembre 2014. http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/videos-quand-les-arabes-se-moquent-de-daech_1631232.html

[27Dans son article Apologie du terrorisme : une longue liste de condamnations, B. Manenti établit une liste de condamnations pour propos apolgétiques, dont celle-ci : "C’est jour de fête", a commenté un habitant de Castres sur Facebook à propos de la vidéo de l’assassinat du policier devant les locaux de "Charlie Hebdo", ponctuée d’un "MDR" ("mort de rire"). L’homme de 24 ans a été condamné à cinq mois de prison ferme. », dans http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150120.OBS0370/apologie-du-terrorisme-une-longue-liste-de-condamnations.html, 20 février 2015

[28Source : CARTE - Qui sont les Européens partis faire le jihad ?, BFM TV, 17 septembre 2014, http://www.bfmtv.com/international/carte-qui-sont-les-europeens-partis-faire-le-jihad-834703.html

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